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Les Petits-Neveux de Gulliver (Arrivé !)

 De Münchhausen à La Chambaudière,
le mensonge érigé en loi...

 
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Les Petits-Neveux de Gulliver, ouvrage né en 1838 au cœur de l'époque romantique française, nous offre, c’est le contenu même de son sous-titre, le récit des voyages de monsieur le marquis de La Chambaudière dans plusieurs régions connues et inconnues. Voyages imaginaires, au déroulement hautement fantaisiste. Illustré, dans sa première édition en volume, de charmantes lithographies. L’œuvre s'inscrit dans la tradition des aventures du baron de Münchhausen ; un baron auquel, au passage, notre marquis emprunte quelques anecdotes. Attendons-nous dès lors à lire un ouvrage hautement réjouissant.
Mais qui est Émile Bouchery, l’auteur de ce texte ? Peu connu de ses contemporains, il a été (avant notre réédition) totalement oublié de nos jours. Il fut discret, trop discret sans doute. Son ami Charles Monselet nous donne de lui un petit portrait dans lequel nous pouvons puiser l’essentiel de ce que l'on sait de lui :
Émile Bouchery ?...
Ce nom ne dit rien à la foule, je le sais   ; il est à peine connu d’un petit nombre d’anciens journalistes, parmi lesquels Bouchery a tenu son rang avec plus de modestie que d’éclat.
Et cependant, que d’espérances n’avait-il pas données lors de ses débuts !
Pour cela, il faut remonter un peu haut, jusqu’à la fiévreuse période romantique. Tous les jeunes gens avaient alors quelque chose dans le ventre, et surtout une fougue, une verve, une audace d’originalité !
Émile Bouchery, qui venait on ne sait d’où, jeta au nez du public deux ouvrages d’une rare excentricité :

Maritalement parlant, par MM. De Cobentzell  ; 1834, Alexandre Mesnier, libraire.
Après Vêpres, par l’abbé Froulay   ; 1837, Alphonse Levavasseur et Cie, libraires.
Si l’on me demande pourquoi ces deux pseudo­nymes, je répondrai que je n’en sais rien. Émile Bouchery, ­souvent interrogé par moi à ce sujet, m’a dit que c’était la mode et qu’on espérait ainsi piquer la curiosité de l’acheteur. — Arsène Houssaye m’a dit la même chose à propos de son premier roman :
De Profundis ! qu’il a signé Alfred Mousse.
Les deux volumes d’Émile Bouchery furent remarqués pour leur étrangeté et l’inouïsme de leur style. Ils furent attribués à plusieurs écrivains en renom, entre autres Pétrus Borel. On pouvait s’y tromper, en effet   ; c’est le même esprit paradoxal, la même outrance dans les situations et la même préciosité dans la phrase.
Cette croyance fut poussée à ce point qu’un libraire de Bruxelles publia, en 1841, une contrefaçon d’
Après Vêpres, sous le titre nouveau de : Mme Isabelle, par Pétrus Borel.
Dans un autre genre, un genre moins échevelé, Émile Bouchery obtint un véritable succès avec
les Petits-Fils de Gulliver [sic], parus dans le Journal des Enfants. Ce ­roman, qui a charmé toute une génération en pantalon à dentelles, peut se classer à côté des Aventures de Jean-Paul Chopart, de Louis Desnoyers.
Pourquoi Bouchery s’arrêta-t-il en si bon chemin  ? Ah ! Pourquoi  ? Parce que les nécessités quotidiennes de la vie firent de lui un journaliste.
On le trouve à la
Patrie, on le rencontre au Figaro  ; il est bon à tout et il fait tout, le malheureux ! Articles de sciences, de tribunaux, de politique.
Et puis, comme un grain de fantaisie ne devait jamais l’abandonner, Émile Bouchery s’en alla un jour prendre la rédaction en chef du
Journal de Monaco.
C’est égal   ; c’était un homme bien doué, un écrivain de talent et de race. Il ne lui a manqué que la chance : peu de chose, — tout !

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Émile Bouchery, Les Petits-Neveux de Gulliver. Postface et notes de Christian Soulignac. Couverture illustrée de deux lithographies tirées de la première édition. — Paris, Des barbares..., octobre 2014, 208 pages, 24 €.